Un revival de la paix de Dieu ? Les paix diocésaines du XIIe siècle dans le Midi

Cahiers de Fanjeaux

Carraz Damien, Un revival de la paix de Dieu ? Les paix diocésaines du XIIe siècle dans le Midi. In La réforme "grégorienne" dans le Midi, pp. 523-558 (Cahier de Fanjeaux 48).

Résumé de l'auteur

Phénomène emblématique du « premier âge féodal » (900-1050), la Paix et la Trêve de Dieu ont suscité l'intérêt de générations de savants depuis le XIXe siècle. On considère habituellement que les initiatives de pacification de l'Église s'essoufflèrent progressivement au milieu du XIe siècle pour céder bientôt la place à la « paix du roi » ou du prince. Quelques études anciennes, souvent oubliées aujourd'hui, ont pourtant révélé que les évêques du Midi avaient, au cours du XIIe siècle, réactivé les normes de paix et de trêve à l'occasion de conciles où figuraient également des représentants de l'aristocratie régionale. Ces travaux s'arrêtent toutefois à certains aspects caractéristiques de ces paix - comme la mise en place d'une fiscalité spécifique ou bien la levée de « milices » chargées du maintien de l'ordre - lorsqu'ils n'ont pas adopté une approche monographique limitée au cadre diocésain. Depuis, Thomas Bisson a suggéré plus que véritablement démontré le passage de la « paix sanctifiée » à la « paix institutionnalisée ».

Il s'agit ici de reprendre cette ligne de lecture sur la longue durée en montrant que, du Xe au XIIe siècle, les normes de paix et de trêve ont continué à vivre dans le Midi sans véritable solution de continuité. Il importe de déterminer en quoi ces paix du XIIe siècle s'inscrivent dans le prolongement de celles de l'an mil et les modalités de leur institutionnalisation. Afin de revenir à une définition « épurée » de la paix de Dieu, dont la compréhension a souvent été brouillée par une approche très large du phénomène, on s'en tiendra ici exclusivement aux conciles réunis par les évêques visant à édicter ou à rappeler des normes de pacification. C'est donc ainsi qu'il faut comprendre l'idée de « paix diocésaine ». La réforme grégorienne, en permettant l'affirmation des seigneuries épiscopales et en faisant des évêques les pivots d'une « théocratie à l'échelle locale », a conduit à une redéfinition des relations traditionnelles entre les églises locales et l'aristocratie. Au cœur de ces relations, la mission « paciaire » liée à la justice montre que la paix de Dieu resta profondément ancrée dans les pratiques de régulation sociale et s'appuya sur une collaboration, somme toute classique, entre hommes d'Église et grands laïcs. L'approche élargie à l'ensemble du Midi permet toutefois du suggérer que ces interactions entre « paix de Dieu » et « paix du prince » ont répondu à des logiques et à des traditions politiques propres à chaque principauté.

Index de l'article

L'index n'est pas encore disponible