Le vocabulaire de la solitude et la réforme chez les grandmontains

Cahiers de Fanjeaux

de Carvalho Godoy Castanho Gabriel , Le vocabulaire de la solitude et la réforme chez les grandmontains. In La réforme "grégorienne" dans le Midi, pp. 113-129 (Cahier de Fanjeaux 48).

Résumé de l'auteur

Depuis des décennies, les historiens de la réforme « grégorienne » ont changé leur centre de réflexion, s'intéressant moins au conflit entre l'Empire et la papauté qu'aux disputes entre la hiérarchie ecclésiastique et les pouvoirs laïcs, voire entre les religieux eux-mêmes. Il s'agit, pour la période concernée, d'organiser les rapports entre les membres du corps chrétien. Dans ce cadre, l'autonomie, la distinction et la séparation des clercs vis-à-vis du monde séculier jouent un rôle important. Toutes ces notions renvoient à une question de fond : comment réconcilier, dans l'Église, les forces qui poussent à l'isolement les religieux réformateurs, tels les ermites ? Les réponses sont diverses et témoignent de contradictions profondes dans la pensée réformatrice. La question est ici approchée à travers l'étude des moines-ermites de Grandmont, plus précisément à partir de trois importants témoins du début de l'organisation grandmontaine : les Pensées et la Vita du fondateur ainsi que la Règle pour les religieux. La pluralité typologique des sources choisies pour cette analyse vise à couvrir le premier moment de structuration de l'ordre. Fondée par Étienne de Thiers, vers 1078 à Muret et transférée à Grandmont après la mort du maître en 1124, la congrégation devient vite un des phares de la réforme dans le Limousin. En effet, les grandmontains ont essayé de se mettre à l'écart des affaires séculières à travers une forte réglementation des pratiques économiques, telles que la propriété foncière et l'élevage. Cependant leur indépendance n'était pas absolue. La proximité avec des comtes et avec des rois, notamment Henri II Plantagenêt, est à la base du développement de l'ordre à partir du milieu du XIIe siècle sous le gouvernement d'Étienne de Liciac, prieur entre 1139 et 1163. Une réflexion cherchant à comprendre le sens du propos grandmontain de fuite du monde pourra apporter quelques éclaircissements sur la dynamique solitude/communauté, cinétique si importante dans la contribution monastique à la réforme, qu'on traitera à l'aide d'une démarche sémantique. Aborder un vocabulaire exprimant des notions clés de la pratique monastique de la fin du XIe siècle et du début du XIIe siècle - solitudo, contemplatio, heremus, quies, desertum, etc. - pourra offrir de nouvelles perspectives de recherche.

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