Vies de saints du début du XIVe siècle dans les verrières démembrées de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers

Cahiers de Fanjeaux

Suau Jean-Pierre, Vies de saints du début du XIVe siècle dans les verrières démembrées de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers. In Hagiographie et culte des saints en France méridionale (XIIIe-XVe siècle), pp. 325-377 (Cahier de Fanjeaux 37).

Résumé de l'auteur

Depuis 1734-1739. la nouvelle présentation décorative des vitraux du chœur de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers (Hérault) - entièrement réaménagé et adapté au culte et aux goûts nouveaux - a bouleversé de fond en comble toutes les verrières gothiques anciennes (début XIVe et milieu XVe siècle) réemployées comme « matériau »> (par souci décoratif, d'économie et de respect ?) : en particulier les médaillons qui formaient, au début du XIVe siècle, des verrières légendaires christiques et hagiographiques dont les sujets, tronqués et volontairement éparpillés, ont aujourd'hui pratiquement disparu de a mémoire collective. Par suite de leurs mutilations, souvent sauvages, les scènes des Vies des saints n'ont jamais fait l'objet de descriptions ou même du moindre essai d'identification : il est vrai difficile à mener et fastidieux à décrire... Le but de cette étude est d'abord de tenter de localiser, dans cet immense puzzle iconographique, la trentaine de fragments de scènes relatives à des Vies de saints, de les décrire le plus minutieusement possible, sous forme de « catalogue », d'y proposer des identifications susceptibles de donner une idée des trois cycles hagiographiques primitifs, aujourd'hui entièrement éclatés dans huit fenêtres du chœur, et enfin de les réhabiliter dans l'histoire du vitrail méridional. Le plus important de ces cycles, par le nombre de fragments conservés (dix-sept), était tout naturellement consacré, comme dans l'ancienne cathédrale Saint-Nazaire de Carcassonne (Aude), aux deux saints patrons de la cathédrale de Béziers : Nazaire et Celse. Mais alors que cette verrière à médaillons légendaires avait primitivement pris place dans le sanctuaire, non loin de la fenêtre d'axe consacrée à la Vie du Christ (Enfance et Passion), deux autres cycles hagiographiques, bien moins développés, ornaient les fenêtres des deux chapelles nord de la nef, construites quelques années après le chœur. Le plus court (trois fragments conservés) avait pris place dans la petite fenêtre de la chapelle Saint-Étienne, où le programme figuré consacré au protomartyr était habilement complété par un important cycle, peint à fresque par un artiste italien ; enfin, la Vie de saint Éloi décorait le vitrail de la fenêtre (plus grande) de la chapelle voisine Saint-Éloi (neuf fragments).
Malgré leurs mutilations, ces nombreux fragments de scènes hagiographiques - miraculeusement conservés à une époque où le vitrail médiéval n'était guère en honneur de sainteté - montrent bien qu'en ces premières années du XIVe siècle, à côté du traditionnel et indispensable vitrail christique d'axe, on était resté encore fidèle, dans nos régions, aux cycles longs, alors passés de mode dans les édifices septentrionaux, déjà largement pourvus de vitraux de ce type au XIIIe siècle. A la cathédrale de Béziers, ces cycles hagiographiques, plus ou moins développés, étaient destinés à prendre place non seulement dans le sanctuaire liturgique, réservé aux chanoines, mais aussi dans les chapelles latérales nord de la nef, où ils ont contribué, dès les premières années du XIVE siècle, à enseigner clercs et fidèles, avant de devenir, dans les premières décennies du XVIIIe siècle, de simples ornements décoratifs de verres colorés, harmonieusement remontés dans les nouvelles verrières du chœur.

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