Les ordres militaires face aux crises politico-religieuses de la basse vallée du Rhône (seconde moitié du XIIe-XIIIe siècle) : un jeu ambigu ?

Cahiers de Fanjeaux

Carraz Damien, Les ordres militaires face aux crises politico-religieuses de la basse vallée du Rhône (seconde moitié du XIIe-XIIIe siècle) : un jeu ambigu ?. In L'anticléricalisme en France méridionale, pp. 375-404 (Cahier de Fanjeaux 38).

Résumé de l'auteur

Les ordres militaires du Temple et de l'Hôpital constituent un champ d'observation privilégié pour essayer de comprendre les origines et les manifestations de l'anticléricalisme en France méridionale. Ils sont étudiés ici dans le cadre étroit de la région du Bas-Rhône qui fut une zone d'enjeux politiques majeurs au cours de la seconde moitié du XIIe et surtout de l'ensemble du XIIIe siècle.
Un statut hybride entre le monachisme et le canonicat, ignorant de surcroît la distinction des trois ordres, et une aptitude à agréger les fidèles à leurs commanderies par le biais de la confraternité, ont pu pousser vers les templiers et les hospitaliers des individus rétifs à une trop nette séparation entre mondes religieux et laïque héritée de la réforme grégorienne. Leur esprit d'indépendance face aux évêques a pu de même séduire certains fidèles hostiles à un encadrement trop marqué du clergé séculier. De là, peut-être, les liens ambigus entretenus entre ces ordres et les contestataires de l'ordre théocratique facilement versés dans l'anticléricalisme : l'empereur Frédéric II, les comtes de Toulouse, et leurs partisans au sein de l'aristocratie provençale, nombreux notamment parmi les élites dirigeantes des communes. Les ordres militaires sont toutefois depuis leur origine étroitement soumis au Saint-Siège. Cette allégeance les a contraints à remettre en cause des solidarités anciennes tissées avec les pouvoirs laïques locaux et à se rallier à l'ordre théocratique et à ses relais - évêques et nouvelle dynastie comta- le franco-angevine - dès que fut acquis le succès de la mainmise capétienne dans le Midi (1229). Ce ralliement, qui a pu être vécu comme une trahison par une partie de l'aristocratie locale, mais aussi la redoutable concurrence économique imposée aux propriétaires fonciers par d'opulentes commanderies, ont ravivé les réflexes anticléricaux aux dépens cette fois-ci des ordres militaires, alors même que le détournement de l'idéal de croisade par la papauté a pu contribuer à leur aliéner certaines sympathies.

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